L’ILLUSION DU GAINAGE : POURQUOI SERRER LES ABDOS VOUS FRAGILISE (et bloque votre dos...)
- Cath et Serge

- il y a 4 jours
- 20 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 2 jours
Le gainage abdominal est devenu le nouveau dogme de la sécurité posturale. Pourtant, en Yogathérapie, nous y voyons souvent l'inverse : une mise sous scellés du vivant. Entre illusion de sécurité et réalité anatomique, il est temps de libérer notre centre.
LE PARADOXE DU VERROUILLAGE : UN CORPS "SOUS SCELLÉS"
Pourquoi le concept de "Core" nous égare
Le terme "Core", omniprésent dans le fitness anglo-saxon, est souvent traduit littéralement par "Noyau". Pour nous, francophones, cela évoque une bille d’acier, un centre dur et sec au milieu du ventre. Cette image nous pousse inconsciemment à durcir cette zone pour "protéger" notre dos.
En réalité, ce que les sportifs appellent le "Core" n’est pas une pièce solide, c’est votre Centre de gravité. Imaginez plutôt une chambre de passage, un carrefour entre le haut et le bas du corps. Si ce carrefour est verrouillé par des muscles contractés, plus rien ne circule : ni le mouvement des jambes vers la colonne, ni le souffle du diaphragme vers le bassin. Le corps n'est plus une unité vivante, il est mis "sous scellés".
L'œil de la Yogathérapie posturale :
Notre approche ne cherche pas à "muscler le centre", mais à restaurer l'architecture. Là où le fitness propose le verrouillage, nous proposons l'alignement des masses. En replaçant le bassin en antéversion physiologique produite par les jambes sur l'axe des fémurs, nous permettons au corps de retrouver sa "stabilité gratuite". C'est l'architecture osseuse qui assure la gestion de la charge par son empilement dynamique, libérant les muscles de leur rôle de tuteurs pour qu'ils retrouvent leur fonction première : la modulation du mouvement et l'amplitude respiratoire.
Sur le placement correct : [PLACEMENT DU BASSIN ET LOMBAIRES EN YOGATHÉRAPIE]
Comprendre notre démarche : [YOGATHÉRAPIE : UNE EXPLORATION APPROFONDIE VERS LE CŒUR DE L'ENSEIGNEMENT DE CATH ET SERGE]
La "force volontaire" :
Le mode "gestion de crise" permanent
Le vrai problème, c’est que nous avons pris l’habitude de piloter notre corps comme une machine soumise à une volonté de contrôle permanent.
C’est ce que nous appelons la Force Volontaire.
L’illusion de la commande :
Dès que vous entendez "tenez-vous droit", votre cerveau envoie l’ordre : "Contracte tout !". Vous rentrez le ventre, vous serrez les abdos, vous bloquez. Vous imposez une tension extérieure pour compenser un manque d'équilibre intérieur.
Le court-circuit de la "Haute Surveillance" :
Dans cet état de verrouillage, vous n’habitez plus votre corps : vous le surveillez. Cette "haute surveillance" impose une charge mentale et une fatigue immense au système nerveux.
L'épuisement de la volonté :
Ce contrôle musculaire conscient n'est pas tenable sur la durée. Comme toute action forcée, elle finit par épuiser vos réserves d'énergie.
Le retour de bâton :
Dès que la vigilance baisse ou que la fatigue s'installe, l'armure cède. N'ayant plus de structure osseuse pour vous porter (puisque vous avez nié votre alignement naturel), vous vous affaissez plus encore qu'auparavant. C'est le paradoxe du gainage de force : il nous rend "solide" un instant pour nous laisser plus vulnérables et effondrés l'instant d'après.
L’anesthésie :
Le ventre, ce prisonnier...
La plupart des gens sont tellement installés dans cette force qu’ils ne sentent même plus l’apnée permanente qui les habite. Pour eux, l’idée même de « lâcher le ventre » est littéralement inconcevable.
C'est ici que la technique rencontre nos blocages les plus profonds :
Le verrou esthétique :
Dans notre culture de l'image, un ventre relâché est associé au "laisser-aller". Nous avons érigé le ventre plat et dur en symbole de réussite. On préfère alors souffrir du dos plutôt que de laisser le vivant s'exprimer sous notre nombril.
L’illusion de l’effondrement :
Il existe une confusion entre lâcher et s’affaisser. On croit que si l'on ne "tient" pas son ventre par la force, on va s'écrouler. C’est ignorer la puissance de la biotenségrité du corps : s'il est placé dans la verticalité naturelle, l’aplomb, il porte sans aucun effort musculaire conscient.
L'amnésie sensorielle :
À force de verrouiller, le cerveau "éteint" les signaux de tension. On se sent "solide" alors qu'on est simplement "gelé".
Le ventre "source de problèmes" : l'effacer pour ne plus le sentir
Au-delà de l'esthétique, le ventre est souvent le siège d'un inconfort chronique : ballonnements après les repas, flatulences, douleurs de règles, troubles digestifs ou inflammations. Pour beaucoup, cette zone est vécue comme une source de trahison permanente.
La réponse réflexe est alors la compression : on serre les abdominaux pour "contenir" l'inconfort, pour masquer un ventre qui gonfle ou pour tenter de faire disparaître une douleur. On cherche littéralement à effacer cette zone de notre conscience. Mais ce verrouillage est un cercle vicieux : en privant les organes de l'espace et du massage naturel du diaphragme, on aggrave la stase veineuse et les difficultés digestives. On tente d'étouffer le problème par la force, alors que c'est précisément le retour à la souplesse et à l'aplomb qui permettrait aux fonctions vitales de circuler à nouveau.
Le regard éthique : L’armure narcissique
Ce verrouillage dépasse largement l'erreur de posture ; il traduit une volonté de contrôle absolu de l'ego sur le vivant. En cherchant à se "gainer" par la force, on se construit une armure. On veut paraître immuable et protégé, mais cette armure bloque la vulnérabilité et la résonance.
Transformer son ventre en caisson rigide, c'est refuser l'imprévu du souffle — c'est-à-dire l'imprévu de la Vie elle-même. Le véritable Yoga commence quand on accepte de troquer la sécurité de la forteresse contre la puissance de l'axe vertical.


LA STABILITÉ N'EST PAS UNE FORCE, C'EST UNE RÉPONSE DE STRUCTURE CORPORELLE
Le conflit des antagonistes : quand le "grand droit" court-circuite le transverse...
Il ne s'agit pas seulement d'un excès de tension, mais d'une véritable inhibition neurologique. En Yogathérapie Posturale, nous mettons en lumière un mécanisme souvent ignoré :
Le verrouillage superficiel bloque la profondeur :
Lorsque vous engagez consciemment le grand droit de l'abdomen (le muscle des "tablettes de chocolat"), vous saturez le système nerveux d'informations de contraction superficielle. Résultat ? Le transverse, muscle profond et réactif, ne peut plus s'engager. Le grand droit "éteint" le transverse.
Le grand droit, l'antagoniste du périnée :
Anatomiquement, le grand droit et le périnée fonctionnent dans une relation de pression critique. Le grand droit est un muscle de mouvement (flexion du buste), pas un muscle de posture. En le forçant à devenir un tuteur permanent, on tire le pubis vers le haut, imposant une rétroversion qui écrase le périnée sous la poussée des viscères.
Une armure épuisante et inefficace :
Ce contrôle conscient est un "court-circuit". Non seulement il est impossible à tenir sur la durée, mais il est contre-productif : dès que vous relâchez cette garde épuisante, n'ayant plus de stabilité profonde (transverse inhibé) ni de soutien osseux (aplomb nié), vous vous affaissez instantanément.

L'intelligence de la structure corporelle vs la commande mentale
Contrairement à une vision mécanique classique où les muscles "portent" le squelette, le concept de biotenségrité nous enseigne que le corps est une structure dont la stabilité dépend de l'équilibre entre tension (les tissus mous) et compression (les os), chaînes musculaires et fasciales antérieures et postérieures.
En Yogathérapie posturale, nous n'enseignons pas à "tenir" une posture, mais à habiter un équilibre. C'est une éducation sensorielle qui permet de passer d'un gainage subit (épuisant) à une stabilité réactive (spontanée).
L'Intelligence réflexe :
Le transverse est un muscle de soutien postural profond. Il n'est pas fait pour être piloté par la volonté. Dès que l'antéversion physiologique du bassin est respectée (l'alignement des masses sur la ligne de gravité), le système nerveux déclenche une réponse de stabilisation automatique. Le transverse s'active de lui-même, de manière réactive et invisible.
Le transverse est également engagé dans la respiration :
[DE LA RESPIRATION VERS LE PRANAYAMA : L'ART DE L'ACCUEIL FACE AU RISQUE DE LA FORCE]
Le court-circuit du "serrage" :
En imposant un verrouillage volontaire, on brise cette biotenségrité. On remplace une structure souple et résiliente par un bloc rigide. Comme le souligne Stuart McGill (2004), la véritable stabilité provient d'une co-activation modérée et synchrone, et non d'une force brute qui finit par déstabiliser la colonne.
Pourquoi votre structure "sait" avant vous :
Comme le prouvent Hodges & Richardson (1997), le système nerveux anticipe le mouvement. Si vos appuis sont justes et que votre architecture osseuse est alignée, le gainage se fait "de lui-même". C’est une économie d'énergie vitale : l'os porte la charge, les muscles assurent la finesse.
Serrer le ventre par pure volonté, c'est comme essayer de stabiliser un mât de voilier en remplaçant ses haubans par des barres de fer : à la première tempête, tout casse car il n'y a plus de place pour la résonance du mouvement.
Le piège de la répétition : « EXPIRE - PÉRINÉE - TRANSVERSE »...
Si vous avez fréquenté un cours de Pilates ou de gainage classique, vous connaissez cette consigne : "Expirez, engagez le périnée, rentrez le ventre pour activer le transverse".
Sur le papier, l'intention est de protéger le dos.
Dans la réalité physiologique, c'est un non-sens biomécanique pour plusieurs raisons :
L’inversion de la cascade réflexe
Normalement, la stabilisation profonde est anticipatrice (feed-forward). Le cerveau doit déclencher le tonus abdominal avant le mouvement, de manière automatique, en fonction de nos appuis au sol. En imposant une commande volontaire ("Engagez !"), on court-circuite ce réflexe. On passe d'une stabilisation intelligente à une contraction forcée qui arrive souvent trop tard ou avec trop d'intensité.
La mise en apnée de la structure
En liant systématiquement l'activation du centre à l'expiration forcée, on finit par créer une association délétère : le corps ne se sent "solide" que lorsqu'il vide l'air.
Le problème :
On ne peut pas vivre et bouger en expiration permanente !
La réalité de l'aplomb :
Une structure juste doit être stable à l'inspiration comme à l'expiration. Le vrai gainage (la biotenségrité) ne dépend pas de la phase respiratoire, mais de la verticalité.
L'hyperpression : le périnée pris en étau
Cette méthode demande souvent de "amener le nombril vers la colonne". Cette action de "rentrer le ventre" (hollowing) réduit l'espace intra-abdominal. Cette action est produite par le droit de l'abdomen. Si le diaphragme n'est pas libre de remonter ou si la cage thoracique est rigide, cette pression doit bien s'évacuer quelque part : elle descend vers le bas. Le périnée se retrouve alors comme une "rustine" sur laquelle on appuie par le haut. Au lieu de le protéger, on l'écrase.
Le "verrou" qui empêche le glissement : quand le ventre fige l'épaule
Comme le souligne notre expertise en Yogathérapie Posturale, ce serrage systématique du grand droit et des obliques ne se contente pas d'écraser le périnée ; il crée un véritable "verrou" thoracique.
Le blocage du bas du grill costal :
En contractant volontairement la sangle abdominale, on vient "ancrer" les côtes basses vers le bassin. Le grill costal perd sa capacité d'expansion et de torsion. Il devient une base rigide, un bloc de béton.
L'omoplate privée de son rail :
Pour que l'épaule bouge librement, l'omoplate (scapula) doit pouvoir glisser sur les côtes. C'est le rôle du dentelé antérieur (serratus). Mais si les côtes sont figées par la tension abdominale, le dentelé ne peut plus s'appuyer sur un grill costal mobile pour faire pivoter l'omoplate.
Le conflit de l'épaule (Syndrome sous-acromial) :
Résultat ? L’omoplate reste "collée" ou mal orientée. Lors de la levée du bras, l’humérus vient percuter prématurément l'acromion, pinçant les tendons de la coiffe des rotateurs. C’est le paradoxe du yogi ou du sportif "gainé" : il a des abdos en fer, mais des épaules qui "s'usent" prématurément à cause d'un centre trop rigide.
Résultat :
vous "tenez" peut-être votre bassin, mais vous paralysez vos épaules et votre diaphragme. Vous sacrifiez la mobilité globale pour une sécurité locale illusoire.
La solution de l'aplomb :
En redonnant de la liberté au ventre et en retrouvant l'antéversion naturelle, on libère la charnière thoraco-lombaire. Les côtes retrouvent leur souplesse, offrant au dentelé antérieur un support dynamique pour un mouvement d'épaule fluide et sans douleur.
Ce qu'il faut retenir : La stabilité ne doit pas être une corvée que l'on impose à chaque respiration. Dans un corps en verticalité naturelle, sur son aplomb, le périnée et le transverse "savent" ce qu'ils ont à faire sans que le mental n'ait à leur dicter leur conduite. On ne construit pas sa maison en tenant les murs à bout de bras ; on s'assure que les fondations sont justes, c'est-à-dire que les masses osseuses sont parfaitement empilées sur la ligne de gravité.
Pour aller plus loin sur cette thématique : [PÉRINÉE : SÉANCE DE YOGA DÉDIÉE] Comprendre la dynamique de la cambrure : [MAL DE DOS DEBOUT : POURQUOI VOTRE "CAMBRURE" EST VOTRE MEILLEURE ALLIÉE]
L’ILLUSION DE LA FLUIDITÉ : LE PIÈGE DES MÉTHODES DE "GLISSEMENT"
Aujourd'hui, une nouvelle vague de méthodes (dont le Munz Floor® est le chef de file, mais aussi des approches comme le Gyrokinesis®, le Garuda®, ou certaines formes de Yoga "somatique" et de Flow déconstruit) promettent de libérer les fascias par des mouvements spiralés et des ondulations.
Si l'intention de sortir du "musculaire pur" pour toucher au tissu conjonctif est louable, l'analyse de la verticalité naturelle, de l'aplomb révèle des angles morts redoutables pour votre colonne vertébrale :
Le Gyrokinesis® et le Garuda® :
Bien que magnifiques visuellement lorsque exécutées par des professionnels de la danse, ces méthodes exigent souvent une grande amplitude de mouvement dans la colonne dorsale et lombaire. Sans une base d'aplomb solide (l'empilement des masses), le pratiquant cherche sa stabilité en verrouillant son centre, créant des micro-cisaillements au lieu de la libération promise.
Le Yoga somatique mal compris :
On y prône souvent le "lâcher-prise" total et le mouvement fluide au sol. Mais attention : sans la notion de poussée et de contre-poussée et de verticalité, ce flottement devient un "mou" instable. Le cerveau, ne trouvant plus d'appuis osseux clairs, réactive alors les muscles superficiels par réflexe de protection.
C'est le paradoxe du "serrage inconscient".
Le danger de la spirale sur "dos plat"
La promesse de ces méthodes est de créer de l'espace entre les vertèbres par la rotation. Mais attention : pour que la rotation soit sûre, elle doit impérativement s'effectuer sur un axe qui respecte ses courbes naturelles.
Le cisaillement discal :
En pratiquant des spirales tout en cherchant à effacer la cambrure lombaire (souvent pour "sécuriser" le bas du dos), on crée un mécanisme de cisaillement. Selon les recherches d'Adams & Dolan (1995), la rotation sur une colonne en flexion est le moyen le plus direct de léser l'annulus (la gaine du disque).
L’absence de suspension :
Sans lordose, il n'y a plus de ressort. La spirale ne "libère" rien, elle fragilise les fibres discales.
Sur l'importance capitale des appuis :
L'usage des supports pour libérer la structure :
Le "Serrage" masqué : Le contrôle par le vide
Ces méthodes s'effectuent sans appuis solides (souvent allongé au sol, dans un mouvement de "flottement").
Le réflexe de survie du cerveau :
Sans la poussée des pieds ou des mains dans le sol, le cerveau perd ses repères spatiaux. Pour contrôler ces micro-mouvements complexes, il n'a d'autre choix que de demander un verrouillage abdominal pour stabiliser le tronc.
Le paradoxe :
On finit par contracter l'abdomen pour "réussir" la spirale. On compresse alors les corps vertébraux l'un contre l'autre, contredisant la promesse initiale de "créer de l'espace".
La perte de la verticalité naturelle
La stabilité ne naît pas du flottement. Selon l'aplomb, la véritable force ne se trouve pas dans le sol, mais dans la manière dont nous gérons la gravité. En travaillant uniquement au sol sans la notion de poussée verticale, le corps perd le repère de son axe. La biotenségrité ne peut s'exprimer pleinement que lorsque les masses sont empilées. Flotter n'est pas libérer ; c'est souvent simplement perdre le lien avec sa fondation osseuse.
Synthèse des "faux amis" du mouvement
Concept erroné | Risque Biomécanique | Réalité de l'Aplomb |
Spirale sur dos plat | Déchirure des fibres discales (cisaillement). | Rotation sur un axe lordosé et libre. |
Flottement sans appuis | Micro-serrage abdominal de compensation. | Stabilité née de la poussée dans le sol. |
Effacement des courbes | Tassement axial et perte de suspension. | Respect de l'architecture naturelle. |
RETROVERSION ET CONTRE-NUTATION :
LE "MENSONGE POSTURAL" ET SON COÛT SYSTÉMIQUE
On enseigne souvent la rétroversion du bassin (effacer la cambrure, "avaler" le ventre, ramener le coccyx vers l'avant) comme l'ultime bouclier pour protéger les lombaires. En réalité, c’est exactement l'inverse. En Yogathérapie posturale, nous appelons cela un mensonge postural. Pourquoi ? Parce qu'on demande au corps de nier sa propre architecture pour adopter une position de "crise".
L’exception hormonale de la grossesse détournée :
La contre-nutation (le haut du sacrum qui bascule vers l'arrière) est un mouvement physiologique d'une intelligence absolue, mais il est exclusivement transitoire.
Le cadre sacré de l'accouchement :
Lors de la grossesse, le corps de la femme produit de la relaxine, une hormone spécifique dont le rôle est de modifier la structure même des tissus conjonctifs. Elle induit une hyper-laxité ligamentaire unique, permettant à la symphyse pubienne et aux articulations sacro-iliaques de s’assouplir. C'est le seul moment où le bassin est biologiquement conçu pour perdre sa rigidité afin de laisser passer la vie.
Le forçage mécanique sur ligaments stables :
En dehors de ce contexte hormonal précis, vos ligaments sont des tuteurs fermes. Ils sont là pour maintenir la cohésion de la structure et assurer la stabilité de votre axe. Vouloir imposer une rétroversion permanente, c'est forcer un mécanisme d'ouverture sur une architecture conçue pour la solidité.
Puisque vos ligaments ne sont pas "imprégnés" de relaxine, cette bascule ne crée pas d'espace : elle crée du conflit articulaire. Au lieu de glisser, vous venez buter en fin de course osseuse, usant prématurément vos disques et vos articulations sacro-iliaques. Vous transformez une fondation stable en une articulation sous contrainte permanente.
La rétroversion du bassin : deux chemins pour un même blocage
Il est crucial de comprendre que la rétroversion n'est pas toujours le fruit d'une consigne directe ("basculez le bassin").
Elle s'installe souvent de manière insidieuse par deux mécanismes distincts, mais tout aussi délétères :
La rétroversion par "serrage" :
C’est la plus courante. Par une volonté de contrôle ou un souci esthétique, on contracte les grands droits et on "avale" le ventre. Cette tension frontale tire le pubis vers le haut et efface la cambrure. C'est le gainage de force pur.
La rétroversion "masquée" : Le piège de la rotation externe en chaîne fermée
Il est crucial de distinguer le geste volontaire de la conséquence mécanique. Une erreur fréquente consiste à croire que l'on peut "stabiliser" le bassin en activant la rotation externe des fémurs alors que les pieds sont ancrés au sol (chaîne fermée).
Le détournement des pelvi-trochantériens :
En sollicitant volontairement la rotation externe des fémurs en chaîne fermée, vous recrutez de manière intensive les muscles pelvi-trochantériens (les rotateurs profonds de la hanche). Puisque les pieds ne peuvent pas pivoter, cette force de torsion agit comme un levier qui tracte le sacrum et entraîne irrémédiablement le bassin dans une rétroversion massive.
Une rétroversion qui ne dit pas son nom :
Ce mécanisme est parfois présenté abusivement comme une forme de protection ou d'ouverture sacrée. Ne vous y trompez pas : c'est une rétroversion forcée par le bas. Au lieu de libérer le sacrum, ce "vissage" vient littéralement clouer l'articulation sacro-iliaque et mettre sous tension les rotateurs profonds, créant un blocage que la structure finit par payer cher.
Le résultat : un socle figé...
Que vous arriviez à la rétroversion par le haut (en serrant le grand droit) ou par le bas (en verrouillant vos rotateurs de hanche en chaîne fermée), le résultat est identique : vous perdez votre aplomb. Vous remplacez la suspension dynamique de votre architecture par un blocage musculaire profond qui met vos hanches et vos lombaires sous une contrainte invisible mais destructrice.
Dans tous les cas, le résultat est une rétroversion. Que vous y arriviez par le haut (le ventre) ou par le bas (les jambes), vous forcez le bassin à nier sa fonction de socle. Vous verrouillez la base de votre colonne dans une position qui devrait être une exception, et non une règle.
Clarifier le placement du bassin :
L'impact sur vos hanches : [HANCHE BLOQUÉE, DOULEURS : RETROUVEZ LA MOBILITÉ GRÂCE À L'INTELLIGENCE DU BASSIN]
Une cascade de pathologies systémiques
Effacer sa cambrure n'est pas un geste neutre ; c'est un "blindage" qui perturbe des fonctions par ricochet :
La compression viscérale : RGO et RLP
Un bassin rétroversé et un ventre "serré" empêchent la descente naturelle du diaphragme. Ce dernier ne peut plus assurer son rôle de "clapet" gastrique.
Le RLP, le reflux silencieux :
Au-delà des aigreurs d'estomac classiques de reflux gastro-œsophagien (RGO), ce blocage favorise le reflux laryngo-pharyngé (RLP). Ici, les micro-vapeurs d'acide remontent jusqu'au larynx et au pharynx.
Les signes qui ne trompent pas :
Une gorge souvent irritée, le besoin de se racler la gorge en permanence, une voix qui s'enroue ou une sensation de "boule" dans la gorge.
Le cercle vicieux :
Le pratiquant, gêné, se crispe encore plus, verrouillant davantage son diaphragme. On ne rééquilibre pas un reflux de "stress postural" sans redonner au diaphragme sa course libre grâce à l'aplomb.
Une approche complémentaire :
Bien entendu, ces reflux peuvent avoir des causes multiples (alimentaires, infectieuses ou physiologiques...) pouvant nécessité un avis médical.
L'angle de l'aplomb :
La Yogathérapie posturale agit sur la contrainte mécanique. En redonnant au diaphragme sa course libre, on réduit la pression sur l'estomac. L'objectif est de libérer la structure pour que la fonction puisse s'exercer dans un espace moins comprimé.
Le conflit de l'épaule (syndrome sous-acromial)
Voici la pépite biomécanique :
la rigidité thoracique induite par ce gainage fige le grill costal. Si les côtes ne bougent plus, le dentelé antérieur ne peut plus faire glisser l'omoplate correctement. Sans ce pivotement, l'humérus vient percuter le tendon. On ne libère pas une épaule en la musclant, on résout ses tensions, ses déséquilibres en libérant le bassin pour libérer le thorax !
L'hyperpression périnéale : le périnée pris en étau
Comme le souligne Stuart McGill (2004), le "serrage de ventre" (hollowing) crée une pression descendante massive. Le périnée se retrouve comme une "rustine" sur laquelle on appuie par le haut, sans aucun soutien osseux puisque le bassin est basculé. C'est la cause cachée de nombreuses incontinences et prolapsus, même chez les sportifs très "gainés".
Résumé des impacts : Pourquoi "tenir" coûte si cher
Zone | Le problème (gainage/rétroversion) | La solution Yogathérapie (L'aplomb) |
Digestion | Compression et reflux (RGO/RLP). | Libération du caisson abdominal : le diaphragme masse les viscères. |
Épaules | Conflit et blocage de l'omoplate. | Liberté du grill costal : l'épaule s'appuie sur un thorax mobile. |
Mental | Stress de "haute surveillance". | Disponibilité nerveuse : on quitte le mode survie pour le mode vie. |
Sur les pathologies des enseignants de Yoga :
[MAL AUX ÉPAULES ? POURQUOI AUTANT D'ENSEIGNANTS DE YOGA EN SOUFFRENT ?] L'art d'accueillir le souffle :

CLÉ DE DISCERNEMENT : DE LA RÉSISTANCE À LA RÉSONANCE
Pour savoir si votre pratique — qu'elle soit intense comme le fitness ou qu'elle se veuille fluide comme les méthodes de fascias — vous libère ou vous enchaîne, observez votre état après votre pratique.

Le verrouillage de force : la culture de la résistance
Lorsque l'on gère son corps par la force volontaire, la rétroversion ou le contrôle millimétré des spirales, on entre en résistance contre la gravité.
Le signe qui ne trompe pas :
Après la séance, vous vous sentez "solide" ou "travaillé" en apparence, mais une tension sourde persiste. Votre respiration est restée haute, vos mâchoires sont parfois serrées, et vous ressentez une fatigue nerveuse plutôt qu'une vitalité.
Le coût psychique :
En tenant votre centre comme une armure ou en "serrant" pour contrôler un mouvement au sol, vous envoyez un signal d'alerte à votre cerveau. Vous avez peut-être gagné en muscle ou en amplitude apparente, mais vous avez perdu en paix intérieure. Vous habitez une forteresse, pas un corps vivant.
Approfondir le sens de la posture :
La stabilité juste : La puissance de la résonance
À l'opposé, l'aplomb cherche la résonance. C'est la capacité du corps à laisser passer le mouvement et le souffle sans les bloquer.
Le signe qui ne trompe pas :
Le ventre reste souple, le diaphragme est libre. Après l'effort, vous vous sentez "posé" et spacieux. Votre stabilité ne vient pas d'une contraction, mais d'un empilement osseux si précis que vos muscles peuvent enfin relâcher leur garde.
La puissance silencieuse : l'intelligence du maillage
C'est ici que l'on passe de la force (qui s'épuise) à la puissance (qui se renouvelle). Dans l'Aplomb, la stabilité ne repose pas sur une contraction frontale, mais sur une synergie profonde :
Le Transverse réactif :
Il travaille de manière invisible, sans que vous ayez à le "commander". Il assure la pression interne nécessaire à la protection de la colonne sans jamais bloquer le souffle.
L'entrecroisement des obliques :
Comme les haubans d'un mât, les obliques (internes et externes) s'entrecroisent pour former un véritable maillage architectural. C'est cet entrecroisement qui dessine et soutient la taille, offrant une stabilité multidirectionnelle bien supérieure à n'importe quel gainage linéaire.
Disponibilité pour la vie :
Ce soutien "gratuit" libère votre système nerveux. Vous n'êtes plus occupé à vous "tenir", vous êtes porté par votre propre structure. Le ventre reste souple, les organes respirent, et vous retrouvez une puissance qui ne vous coûte rien, vous laissant totalement disponible pour le mouvement et la présence.

CHOISIR SON CAMP
La question n'est plus seulement de savoir quel exercice pratiquer, mais de décider quel état nerveux vous souhaitez cultiver.
Voulez-vous un corps géré comme une machine sous haute surveillance, sécurisant mais rigide ?
Ou préférez-vous un axe vivant, capable de souplesse, de résonance et de santé systémique ?
La stabilité n'est pas le verrouillage.
Un corps en aplomb ne se "tient" pas, il est. Il ne lutte pas contre la gravité, il s'appuie sur elle. En quittant l'illusion du contrôle par la force — qu'il soit brut ou déguisé en fluidité — vous ne perdez pas votre soutien : vous découvrez enfin votre véritable fondation.
FAIRE DE L'APLOMB UN ART DE VIVRE
La Yogathérapie posturale, telle que nous la pratiquons et que nous la transmettons, est une invitation à cesser le combat contre soi-même. Passer de l'armure à l'axe, c'est retrouver une puissance qui ne fatigue pas. C'est le chemin que nous proposons dans nos formations, nos bilans posturaux Yoga et nos stages : transformer votre structure pour libérer votre vie.

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BIBLIOGRAPHIE & RÉFÉRENCES SCIENTIFIQUES
Pour ceux qui souhaitent approfondir les fondements biomécaniques et physiologiques de notre approche, voici les ouvrages et études de référence cités ou ayant inspiré cet article :
ADAMS, M.A. & DOLAN, P. (1995).
Spinal function during lifting: explaining the "segmental" nature of lumbar movement. Clinical Biomechanics. (Étude fondamentale sur les mécanismes de cisaillement discal lors de la rotation sur colonne fléchie).
BENDAYA, S. (2011).
L'Équilibre Sagittal du Rachis. (Ouvrage de référence sur l'importance des courbures physiologiques et de l'alignement des masses sur la ligne de gravité).
HODGES, P.W. & RICHARDSON, C.A. (1997).
Feed-forward contraction of transversus abdominis is invaded prior to movement of the limbs. Experimental Brain Research. (Preuve scientifique de la stabilisation anticipatrice réflexe du transverse).
MARTIN, D. (2022).
Changez de posture(s) : Pour une approche structurelle du corps. Éditions Sully. (L'approche ostéopathique qui a nourri la vision de l'Aplomb de Serge Gastineau).
MCGILL, S. (2004).
Ultimate Back Fitness and Performance. (Le Dr Stuart McGill démontre ici pourquoi le verrouillage abdominal de force est contre-productif par rapport à la stabilité dynamique).
MÉZIÈRES, F. (1984).
L'Originalité de la Méthode Mézières. (Sur la notion de chaînes musculaires et le paradoxe de la respiration).
SYMONS, B.P. et al. (2002).
Internal pressure of the human intervertebral disc. (Études sur l'impact de l'effacement des courbes lombaires sur la pression discale).









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